“La peinture n'est pour moi qu'un moyen d'oublier la vie. Un cri dans la nuit. Un sanglot raté. Un rire qui s'étrangle.”

Georges Rouault

Tout d’abord bienvenu à vous, spectateurs, spectatrices, amoureux, amoureuses d’art…

Pas facile de parler de soi, mais je trouve important que vous sachiez ce qui m’a poussé à peindre, cela permet aussi, parfois, de mieux comprendre mes œuvres.

Née dans le Finistère-sud, le 7 janvier 1989 d’un père espagnol (galicien) et d’une mère bretonne (capiste), j’ai grandi dans la ville de Quimper.

Petite, j’étais une enfant joyeuse et souriante, une enfant insouciante, du moins jusqu’à mes 7 ans. Puis, s’en suit un nuage sombre et pluvieux qui trônera au dessus de ma tête pendant plusieurs années.

Très tôt, j’ai donc compris la dure réalité de la vie ! Cette grande gifle prise en plein cœur m’a éjecté de mon innocence d’enfant. La communication n’était pas maître mot dans ma famille, je gardais alors toutes mes émotions enfermées.
De ce fait pendant des années, j’ai dû cacher ce lourd secret à mes proches, cette chose horrible qui me hante encore aujourd’hui. À 7 ans, un monstre à l’allure d’une araignée noire et cauchemardesque m’a volé mon enfance, mon adolescence, et une partie de mes débuts d’adulte.

La communication, étant impossible, pour exorciser mon mal-être, j’ai trouvé des exutoires, malsains au début, car ne sachant pas comment enlever cette douleur qui me transperçait, m’usait et ne s’effaçait pas; mais me transformait en poupée de chiffon, triste et en colère.
Un enfant ne devrait jamais vivre cela. Ainsi mon adolescence fût rythmée par des souffrances indélébiles, qu’il me fallait libérer. J’ai consommé tous les excès jusqu’à, presque, en perdre la vie. Aucune limite, aucun degré. Il me fallait juste me sentir vivante et oublier pour du moins, quelques heures.
Je suis descendue très bas, voire très loin, au plus profond de mes douleurs et ce relativement jeune. Mais c’est aussi grâce à tout ça que je suis devenue ce que je suis aujourd’hui.

Je dessinais déjà beaucoup à l’époque, mais cela ne suffisait pas à m’apaiser ni à empêcher cette autre moi, triste, de me faire du mal. Un beau matin, j’ai découvert un reportage sur Picasso et à ce moment là, ma vie à commencé à changer. J’avais 15 ans et je vivais ma renaissance!

Peu de temps après, j’ai fait l’acquisition de ma première toile ainsi que de tout le matériel nécessaire pour la peinture. Me voilà parti pour la grande aventure! Depuis ce jour, je ne me suis jamais arrêtée de peindre.

Au début, mes œuvres étaient sombres, violentes de tristesse et de mal-être. Le cœur et le corps disloqués par ma vie et toutes ses épreuves, ont fait que j’étais dans un état de trans, au moment de peindre.
J’ai, soudainement compris, que la peinture devenait mon moyen de communication et ainsi, celui ou celle qui saurait me lire, à travers mes œuvres, aurait alors tout compris. C’était comme un journal intime que je cachais au fin fond de ma petite chambre d’ado.

Mes premières peintures étaient dans des tons gris, rouges et noirs. N’ayant pas de couleurs dans ma vie, comment aurais-je pu en mettre dans mes créations ? C’était trop tôt, mon esprit n’était pas encore libéré de tous ses maux.
Peu à peu, je me renfermais dans la peinture. En 1 mois, j’avais déjà peint plus d’une trentaine d’œuvres. C’était devenu ma nouvelle drogue, puissante et addictive par sa bienfaisance.

À 17 ans, j’ai fait mon coming-out auprès de mes parents. Le début d’une nouvelle épreuve commence…
Mon père n’acceptant pas qui je suis, m’a ostracisé m’obligeant ainsi à quitter la maison. Cette courte période qui dura une semaine, fût très pénible car mes pinceaux me manquaient. Finalement, je décidais de rentrer.

Je n’avais pas choisis d’être ainsi. Mes mots et mes maux ricochaient sur un mur en béton-armé. Ma tête de jeune adulte est déjà bien remplie…
Plus le temps passait, plus je me disais qu’un jour il comprendrait. Alors, en attendant, j’ai fait semblant que tout allait bien, comme toujours…
J’ai donc pris ma vie en main et trouvé un travail dans la grande distribution. Débrouillarde, j’ai très vite signé un CDI. J’y suis resté 5 ans.
Consécutivement, j’ai alors décidée, d’être enfin maître de ma vie et de ne plus avoir à l’a subir. Je suis parti en guerre, contre mes démons, cette maladie qui me tue, contre cette vie qui ne me plaisait guère.

J’ai déployé toute mon énergie à me consacrer à ma passion pour la peinture, peignant alors, plusieurs fois par mois.
En parallèle, passionnée d’informatique, j’ai été accepté à l’école 42 à paris, ce qui m’a énormément plu,
mais vie la parisienne ne me convenant pas, je suis finalement retourné en Bretagne afin de suivre une formation (BAC+2) webdesigner sur Vannes. Mon BTS en poche, aujourd’hui je suis Freelance. Fière de cette réussite, je constate que c’est une belle revanche sur ma vie passée.
Ma vie s’illumine et par la logique des choses, mes tableaux aussi.
Des couleurs flamboyantes apparaissent, vives et gaies.

Même si aujourd’hui, les œuvres que je peins sont remplis de couleurs, vous pourriez me demander :
« Mais pourquoi les visages de vos tableaux ont-ils l’air si tristes? »

Alors, je vous répondrez qu’il y a certaines blessures qui ne cicatrisent jamais, c’est pourquoi ses visages en sont un peu le reflet.
Ils représentent également les souffrances du monde dans lequel on vit tels que la guerre, la maltraitance animal, les attentats etc…

Mon impuissance face à ce monde qui dégringole, me rend tellement triste que j’ai besoin de peindre pour vider mon être spongieux.

Ses visages représentent, également, la tristesse que j’ai éprouvée quand mon père est décédé en mai 2017.
Nous ne nous étions pas vu depuis plus de 3 ans, un choix que j’avais pris après tant de désillusions, de déni et de rejets.

Le revoir, inconscient et en réanimation, m’a bouleversée.
À ce moment là, je me suis dit que c’était fini.
Avec sa mort, l’espoir qu’il accepte mon homosexualité était révolu.

Je dois désormais vivre avec ça, je serais une éternelle en colère, mais le chemin vers la résilience est proche et je continue d’évoluer.
Je dirais, même, que je vis ma vie avec plus d’intensité qu’avant et que maintenant plus rien ne pourra m’arrêter.

JE SUIS LIBRE DE PENSER, D’AIMER, DE VIVRE, DE VOYAGER ET JE PRÉFÈRE MOURIR DEBOUT QU’À GENOUX.

Bonne visite !